Le blog de la Guilde des Plumes

Lauréline Lesselingue, exploratrice d´histoires

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« Juvénile (adjectif) : qui appartient à la jeunesse, qui en a l’ardeur, la vivacité » (Larousse). Oubli ou discrétion, au cours de l’entretien qui nous aura rassemblées cet obscur et venteux soir d’hiver, la question de l’âge de Lauréline Lesselingue n’aura pas vraiment surgi. Inutile. Il y a dans son regard pétillant, dans l’animation de son phrasé et l’humour que l’on devine à son ton, dans le franc sourire qui illumine son visage au fur et à mesure que les confidences s’enchaînent, comme des éclats d’enfance brute. Cette biographe familiale et storyteller d’entreprise est née et a grandi jusqu’à ses 6 ans au Burkina Faso, où son père était psychosociologue et chercheur, et la petite fille blonde à la peau dorée, habituée à courir pieds nus et à papoter avec tout le monde, n’est pas bien loin. La preuve : « Lorsque je suis retournée là-bas, vers 30 ans, je me suis rendue dans un restaurant tenu par des bonnes sœurs où nous allions à l’époque, et l’une d’elle m’a reconnue, alors que la dernière fois qu’elle m’avait vue, j’avais 5 ans et demi ! », s’amuse-t-elle.

Entre-temps, celle qui vit aujourd’hui en Loire Atlantique, avait poursuivi son exploration du monde sur plusieurs continents. Les États-Unis, d’abord, où elle fut assistante de français dans un lycée du Kentucky, avant de partir 3 mois sac à dos toute seule en dormant chez l’habitant, diplomate ou bonne sœur (« Le couchsurfing n’existait pas encore mais c’était le style et j’ai choisi des profils aussi divers que possible »). La Finlande ensuite, où elle fit un Master en relations internationales et européennes, armée d’un petit dictionnaire de finnois, langue qu’elle ne parlait évidemment pas (« Le silence est une langue pour les Finlandais »), et où elle est restée trois ans. Ses débuts professionnels cheminent ensuite par le Conseil de l’Europe, à Strasbourg, le parlement Européen, au Luxembourg et le siège de l’ONU, à New York. Mais de passage en France, l’histoire bifurque.
« Sur un tango, j’ai rencontré mon mari » : ça pourrait être un titre de roman, mais non, c’est ainsi que cette grande amatrice de danse et de théâtre, qui a suivi pendant trois ans les cours du Conservatoire d’Art Dramatique de Rennes et étudie actuellement la comédie musicale, raconte l’épisode majeur de sa vie, celui qui va la conduire à poser ses valises. Et à revenir à ses racines sur sa terre, la Bretagne. S’ancrer, le concept est évidemment important, elle choisit de nommer ainsi son entreprise – J’ancre votre histoire – pour les deux concepts qu’il véhicule, la pérennité d’un destin et l’allusion à la mer, élément vital pour elle.

Durant 13 ans, elle travaille auprès d’ONG ou d’institutions proches de la société civile, principalement dans les domaines des énergies renouvelables et de l’environnement, parfois avec des élus. Jusqu’au moment où, lasse de s’entendre dicter « ce que [je] dois dire et penser », son désir de grand air reprend le dessus. « Lorsque je me sens enfermée, plus libre de penser, d’être moi-même, je pars », pose-t-elle calmement. Après des années à pratiquer une écriture « utile » dictée par des stratégies de communication, elle ressent « le besoin d’écrire le vrai ». Alors, en 2013, elle se met à son compte en créant son activité de biographe, pour mettre sa plume au service de ceux qui ont une histoire à raconter. L’occasion de repartir en voyage vers sa destination préférée : l’altérité. Car Lauréline Lesselingue est une exploratrice avec une boussole, celle de la curiosité et de la joie que les rencontres peuvent lui procurer.

« Les histoires de ceux qui se confient à moi, leur richesse intérieure, me nourrissent. Certains ont vécu des aventures extraordinaires, d’autres souhaitent partager des événements intimes, parfois des épreuves difficiles. J’ai rencontré une dame qui avait vécu des choses si dures qu’elle a souhaité que sa biographie ne soit transmise à ses enfants qu’à sa mort ». Parfois, ce sont la famille ou les amis qui se cotisent pour offrir à un parent ou même un voisin l’opportunité de laisser une trace de leur passage sur terre, comme cet homme qui a fait plusieurs fois le tour du monde, a vécu mille vies, tour à tour scaphandrier et chef d’entreprise, et mène aujourd’hui une existence modeste.

Lauréline Lesselingue met aussi son oreille et sa plume au service des entreprises. L’exercice est un brin différent, mais tout aussi passionnant. Pour son premier client, la Cooperl, coopérative agricole spécialisée dans la filière porcine, elle interviewe plus de 40 témoins, autant de visions, de ressentis et de mémoires, et se plonge dans tous les rapports d’Assemblée Générale et de Conseils d’administration depuis 60 ans, à la recherche de détails et de données avérées. Le résultat, un travail d’un an, un livre de 200 pages, édité à 12 000 exemplaires et la grande satisfaction pour l’autrice d’avoir su restituer au mieux l’image de son client, en le servant sans travestir : « Ne pas cacher, ne pas trop en dire, mais dire quand même, c’est cela, le storytelling ». Raconter sans trahir, transmettre sans travestir, telle est la mission que Lauréline Lesselingue s’est donnée, avec passion et sincérité.

Portrait réalisé par Laurence Debril